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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/51

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LA FAMILLE GARRAL.

Et cependant, chez cet homme calme, à circulation forte, auquel tout semblait avoir réussi dans la vie, on pouvait remarquer comme un fond de tristesse, que la tendresse même de Yaquita n’avait pu vaincre.

Pourquoi ce juste, respecté de tous, placé dans toutes les conditions qui doivent assurer le bonheur, n’en avait-il pas l’expansion rayonnante ? Pourquoi semblait-il ne pouvoir être heureux que par les autres, non par lui-même ? Fallait-il attribuer cette disposition à quelque secrète douleur ? C’était là un motif de constante préoccupation pour sa femme.

Yaquita avait alors quarante-quatre ans. Dans ce pays tropical, où ses pareilles sont déjà vieilles à trente, elle aussi avait su résister aux dissolvantes influences du climat. Ses traits, un peu durcis mais beaux encore, conservaient ce fier dessin du type portugais, dans lequel la noblesse du visage s’unit si naturellement à la dignité de l’âme.

Benito et Minha répondaient par une affection sans bornes et de toutes les heures à l’amour que leurs parents avaient pour eux.

Benito âgé de vingt et un ans alors, vif, courageux, sympathique, tout en dehors, contrastait en cela avec son ami Manoel, plus sérieux, plus réfléchi. C’avait été une grande joie pour Benito, après