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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/42

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LA JANGADA.

la savane et des campines, réservées au pacage des bestiaux.

C’était là que Joam Garral, en 1826, — vingt-six ans avant l’époque à laquelle commence cette histoire, — fut accueilli parle propriétaire de la fazenda.

Ce Portugais, nommé Magalhaës, n’avait d’autre industrie que celle d’exploiter les bois du pays, et son établissement, récemment fondé, n’occupait alors qu’un demi-mille sur la rive du fleuve.

Là, Magalhaës, hospitalier comme tous ces Portugais de vieille race, vivait avec sa fille Yaquita, qui, depuis la mort de sa mère, avait pris la direction du ménage. Magalhaës était un bon travailleur, dur à la fatigue, mais l’instruction lui faisait défaut. S’il s’entendait à conduire les quelques esclaves qu’il possédait et la douzaine d’Indiens dont il louait les services, il se montrait moins apte aux diverses opérations extérieures de son commerce. Aussi, faute de savoir, l’établissement d’Iquitos ne prospérait-il pas, et les affaires du négociant portugais étaient-elles quelque peu embarrassées.

Ce fut dans ces circonstances que Joam Garral, qui avait alors vingt-deux ans, se trouva un jour en présence de Magalhaës. Il était arrivé dans le pays à bout de forces et de ressources. Magalhaës l’avait trouvé à demi mort de faim et de fatigue dans la