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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/32

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LA JANGADA.

à la portée de sa main. Certes, Torrès aurait eu, lui aussi, grand besoin de boire et de manger, mais impossible ! Sa musette était plate, sa gourde était vide !

Cependant, au lieu de revenir sur ses pas, il se dirigea vers l’arbre, bien que la situation prise par le singe fût encore plus défavorable pour lui. Il ne pouvait songer, un instant à grimper aux branches de ce ficus, que son voleur aurait eu vite fait d’abandonner pour un autre.

Et toujours l’insaisissable étui de résonner à son oreille !

Aussi, dans sa fureur, dans sa folie, Torrès apostropha-t-il le guariba. Dire de quel le série d’invectives il le gratifia, serait impossible. N’alla-t-il pas jusqu’à le traiter, non seulement de métis, ce qui est déjà une grave injure dans la bouche d’un brésilien de race blanche, mais encore de « curiboca », c’est à dire de métis de nègre et d’Indien ! Or, de toutes les insultes qu’un homme puisse adresser, à un autre, il n’en est certainement pas de plus cruelle sous cette latitude équatoriale.

Mais le singe, qui n’était qu’un simple quadrumane, se moquait de tout ce qui eut révolté un représentant de l’espèce humaine.

Alors Torrès recommença à lui jeter des pierres,