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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/31

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VOLEUR ET VOLÉ.

Torrès hésita, il tâcha de résumer ses idées avec sang-froid, et, finalement, après avoir proféré une dernière imprécation, il allait abandonner toute idée de rentrer en possession de son étui, quand, songeant encore, en dépit de sa volonté, à ce document, à tout cet avenir échafaudé sur l’usage qu’il en comptait faire, il se dit qu’il se devait de tenter un dernier effort.

Il se releva donc.

Le guariba se releva aussi.

Il fît quelques pas en avant.

Le singe en fit autant en arrière ; mais, cette fois, au lieu de s’enfoncer plus profondément dans la forêt, il s’arrêta au pied d’un énorme ficus, — cet arbre dont les échantillons variés sont si nombreux dans tout le bassin du Haut-Amazone.

Saisir le tronc de ses quatre mains, grimper avec l’agilité d’un clown qui serait un singe, s’accrocher avec sa queue prenante aux premières branches étendues horizontalement à quarante pieds au-dessus du sol, puis se hisser à la cime de l’arbre, jusqu’au point où ses derniers rameaux fléchissaient sous lui, ce ne fut qu’un jeu pour l’agile guariba et l’affaire de quelques instants.

Là, installé tout à son aise, il continua son repas interrompu en cueillant les fruits qui se trouvaient