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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/29

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VOLEUR ET VOLÉ.

Et Torrès de reprendre sa poursuite, et le singe de détaler avec une nouvelle ardeur !

Une heure se passa dans ces conditions, sans amener aucun résultat. Torrès y mettait un entêtement bien naturel. Comment, sans ce document, pourrait-il battre monnaie ?

La colère prenait alors Torrès. Il jurait, il frappait la terre du pied, il menaçait le guariba. La taquine bête ne lui répondait que par un ricanement bien fait pour le mettre hors de lui.

Et alors Torrès se remettait à le poursuivre. Il courait à perdre haleine, s’embarrassant dans ces hautes herbes, ces épaisses broussailles, ces lianes entrelacées, à travers lesquelles le guariba passait comme un coureur de steeple-chase. De grosses racines cachées sous les herbes barraient parfois les sentiers. Il buttait, il se relevait. Enfin il se surprit à crier : « À moi ! à moi ! au voleur ! » comme s’il eût pu se faire entendre.

Bientôt, à bout de forces, et la respiration lui manquant, il fut obligé de s’arrêter.

« Mille diables ! dit-il, quand je poursuivais les nègres marrons à travers les halliers, ils me donnaient moins de peine ! Mais je l’attraperai, ce singe maudit ; j’irai, oui ! j’irai, tant que mes jambes pourront me porter, et nous verrons !… »