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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/285

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ENTRE CES DEUX HOMMES.

— Je veux dire, répondit Joam Garral en élevant la voix, qu’attendre notre arrivée au Para pour marier Minha et Manoel, c’est trop attendre ! Le mariage se fera ici même, dès demain, sur la jangada, par les soins du padre Passanha, si, après une conversation que je vais avoir avec Manoel, il lui convient comme à moi de ne pas différer davantage !

— Ah ! mon père, mon père !… s’écria le jeune homme.

— Attends encore pour m’appeler ainsi, Manoel, » répondit Joam Garral, d’un ton d’indicible souffrance.

En ce moment, Torrès, qui s’était croisé les bras, promenait sur toute la famille un regard d’une insolence sans égale.

« Ainsi, c’est votre dernier mot, dit-il en étendant la main vers Joam Garral.

— Non, ce n’est pas mon dernier mot.

— Quel est-il donc ?

— Le voici, Torrès ! Je suis maître ici ! Vous allez, s’il vous plaît, et même s’il ne vous plaît pas, quitter la jangada à l’instant même !

— Oui, à l’instant, s’écria Benito, ou je le jette par-dessus le bord ! »

Torrès haussa les épaules.

« Pas de menaces, dit-il, elles sont inutiles ! À moi