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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/265

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LE DINER D’ARRIVÉE.

— Ils ont raison, mon fils, dit Yaquita. Moi aussi, je bois à ton mariage, et puisses-tu être heureux comme le seront Minha et Manoel, comme je l’ai été près de ton père !

— Comme vous le serez toujours, il faut l’espérer, dit alors Torrès en buvant un verre de Porto, sans avoir fait raison à personne. Chacun ici a son bonheur dans sa main ! »

On n’aurait pu dire pourquoi, mais ce souhait, venant de l’aventurier, fit une impression fâcheuse.

Manoel sentit cela, et, voulant réagir contre ce sentiment :

« Voyons, padre, pendant que nous y sommes, est-ce qu’il n’y aurait pas encore quelques couples à fiancer sur la jangada ?

— Je ne pense pas, répondit le padre Passanha… à moins que Torrès… Vous n’êtes pas marié, je crois ?

— Non, je suis et j’ai toujours été garçon ! »

Benito et Manoel crurent voir qu’en parlant ainsi, le regard de Torrès allait chercher celui de la jeune fille.

« Et qui vous empêcherait de vous marier ? reprit le padre Passanha. À Bélem, vous pourriez trouver une femme dont l’âge serait en rapport avec le vôtre, et il vous serait peut-être possible de vous fixer dans la ville. Cela vaudrait mieux que cette vie