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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/263

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LE DINER D’ARRIVÉE.

la peine que l’on fît un joyeux repas. Il fut convenu que l’on boirait « à la santé du fleuve des Amazones » quelques verres de cette généreuse liqueur que distillent les coteaux de Porto ou de Setubal.

En outre, ce serait comme le dîner de fiançailles de Fragoso et de la charmante Lina. Celui de Manoel et de Minha avait eu lieu à la fazenda d’Iquitos, quelques semaines auparavant. Après le jeune maître et la jeune maîtresse, c’était le tour de ce fidèle couple, auquel les attachaient tant de liens de reconnaissance !

Aussi, au milieu de cette honnête famille, Lina, qui devait rester au service de sa maîtresse, Fragoso, qui allait entrer au service de Manoel Valdez, s’assirent-ils à la table commune, et même à la place d’honneur, qui leur fut réservée.

Torrès assistait naturellement à ce dîner, digne de l’office et de la cuisine de la jangada.

L’aventurier, assis en face de Joam Garral, toujours taciturne, écouta ce qui se disait beaucoup plus qu’il ne prit part à la conversation. Benito, sans en avoir l’air, l’observait attentivement. Les regards de Torrès, constamment attachés sur son père, avaient un éclat singulier. On eût dit ceux d’un fauve, cherchant à fasciner sa proie, avant de se jeter sur elle.