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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/259

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LE DINER D’ARRIVÉE.

entre l’image et la réalité n’aurait pu être établie. Doubles de grandeur, terminés en haut comme en bas par un vaste parasol de verdure, ils semblaient former deux hémisphères, dont la jangada paraissait suivre un des grands cercles à l’intérieur.

Il avait fallu, en effet, laisser le train de bois s’aventurer sous ces arceaux, auxquels se brisait le léger courant du fleuve. Impossible de reculer. De là, obligation de manœuvrer avec une extrême précision pour éviter les chocs de droite et de gauche.

En cela se montra toute l’habileté du pilote Araujo, qui fut d’ailleurs parfaitement secondé par son équipe. Les arbres de la forêt fournissaient de solides points d’appui aux longues gaffes, et la direction fut maintenue. Le moindre heurt, qui aurait pu faire venir la jangada en travers, eût provoqué un démolissement complet de l’énorme charpente, et causé la perte, sinon du personnel, du moins de la cargaison qu’elle portait.

« En vérité, c’est fort beau, dit Minha, et il nous serait fort agréable de toujours voyager de la sorte, sur cette eau si paisible, à l’abri des rayons du soleil !

— Ce serait à la fois agréable et dangereux, chère Minha, répondit Manoel. Dans une pirogue, il n’y