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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/258

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LA JANGADA.

du rio Negro, le plus remarquable de tous les affluents de l’Amazone. En réalité, c’était encore le nom de Solimoës que portait le grand fleuve ; mais, après l’embouchure du rio Negro, il allait prendre celui qui l’a rendu célèbre entre tous les cours d’eau du monde.

Pendant cette journée, la jangada eut à naviguer dans des conditions fort curieuses.

Le bras, suivi par le pilote entre l’île Calderon et la terre, était fort étroit, bien qu’il parut assez large. Cela tenait à ce qu’une grande partie de l’île, peu élevée au-dessus du niveau moyen, était encore recouverte par les hautes eaux de la crue.

De chaque côté étaient massées des forêts d’arbres géants, dont les cimes s’étageaient à cinquante pieds au-dessus du sol, et, se rejoignant d’une rive à l’autre, formaient un immense berceau.

Sur la gauche, rien de plus pittoresque que cette forêt inondée, qui semblait avoir été plantée au milieu d’un lac. Les fûts des arbres sortaient d’une eau tranquille et pure, dans laquelle tout l’entrelacement de leurs rameaux se réfléchissait avec une incomparable pureté. Ils eussent été dressés au-dessus d’une immense glace, comme ces arbustes en miniature de certains surtouts de table, que leur réflexion n’eût pas été plus parfaite. La différence