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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/25

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VOLEUR ET VOLÉ.

à quelque espèce qu’il appartienne, ils lui donnent la chasse avec toute l’ardeur d’un Nemrod, non seulement pour le plaisir de le chasser, mais aussi pour le plaisir de le manger.

Quoi qu’il en soit, si le guariba ne parut pas disposé à intervertir les rôles cette fois, s’il n’alla pas jusqu’à oublier que la nature n’a fait de lui qu’un simple herbivore en songeant à dévorer le capitaine des bois, il sembla du moins très décidé à détruire un de ses ennemis naturels.

Aussi, après l’avoir regardé pendant quelques instants, le guariba commença à faire le tour de l’arbre. Il marchait lentement, retenant son souffle, mais se rapprochant de plus en plus. Son attitude était menaçante, sa physionomie féroce. Assommer d’un seul coup cet homme immobile, rien ne devait lui être plus aisé, et, en ce moment, il est certain que la vie de Torrès ne tenait plus qu’à un fil.

En effet, le guariba s’arrêta une seconde fois tout près de l’arbre, il se plaça de côté, de manière à dominer la tête du dormeur, et il leva son bâton pour l’en frapper.

Mais, si Torrès avait été imprudent en déposant près de lui, dans le creux d’une racine, l’étui qui contenait son document et sa fortune, ce fut cette imprudence cependant qui lui sauva la vie.