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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/249

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UNE ATTAQUE.

plus commodément pour passer la nuit. Là, blottis à l’orifice de trous dans lesquels ils sont entrés à reculons, ils dorment la bouche ouverte et la mâchoire supérieure dressée verticalement, à moins qu’ils n’attendent ou ne guettent une proie. Se précipiter pour l’atteindre, soit en nageant sous les eaux avec leur queue pour tout moteur, soit en courant sur les grèves avec une rapidité que l’homme ne peut égaler, ce n’est qu’un jeu pour ces amphibies.

C’est là, sur ces vastes grèves, que les caïmans naissent, vivent et meurent, non sans avoir donné des exemples d’une extraordinaire longévité. Non seulement les vieux, les centenaires, se reconnaissent à la mousse verdâtre qui tapisse leur carapace et aux verrues dont elle est semée, mais aussi à leur férocité naturelle qui s’accroît avec l’âge. Ainsi que l’avait dit Benito, ces animaux peuvent être redoutables, et il convient de se mettre en garde contre leurs attaques.

Tout à coup, ces cris se font entendre vers l’avant :

« Caïmans ! caïmans ! »

Manoel et Benito se redressent et regardent.

Trois gros sauriens, longs de quinze à vingt pieds, étaient parvenus à se hisser sur la plate-forme de la jangada.

« Aux fusils ! aux fusils ! cria Benito, en faisant