Ouvrir le menu principal

Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/243

Cette page a été validée par deux contributeurs.

235
UNE ATTAQUE.

puisse partager toutes tes craintes ! Quel lien pourrait-il exister entre ton père et cet aventurier ? Évidemment ton père ne l’a jamais vu !

— Je ne dis pas que mon père connaisse Torrès, répondit Benito, mais oui !… il me semble que Torrès connaît mon père !… Que faisait-il, cet homme, aux environs de la fazenda, lorsque nous l’avons rencontré dans la forêt d’Iquitos ? Pourquoi a-t-il refusé dès lors l’hospitalité que nous lui offrions, pour s’arranger ensuite de façon à devenir presque forcément notre compagnon de voyage ? Nous arrivons à Tabatinga et il s’y trouve comme s’il nous attendait ! Le hasard est-il pour tout dans ces rencontres, ou serait-ce la suite d’un plan préconçu ? Devant le regard à la fois fuyant et obstiné de Torrès, tout cela me revient à l’esprit !… Je ne sais… je me perds dans ces choses inexplicables ! Ah ! pourquoi ai-je eu cette idée de lui offrir de s’embarquer sur notre jangada !

— Calme-toi, Benito… je t’en prie !

— Manoel ! s’écria Benito, qui semblait ne pouvoir plus se contenir, crois-tu donc que, s’il ne s’agissait que de moi, cet homme, qui ne nous inspire que répulsion et dégoût, j’aurais hésité à le jeter par-dessus bord ! Mais, si, en effet, c’est de mon père qu’il s’agit, je crains, en cédant à mes impressions, d’aller contre mon but ! Quelque chose me dit qu’avec cet