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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/242

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LA JANGADA.

— Aucune… Je ne pense rien ! répondit Benito. Ce n’est qu’un pressentiment ! Mais observe bien Torrès, étudie avec soin sa physionomie, et tu verras quel mauvais sourire il a, lorsque mon père vient à passer à la portée de son regard !

— Eh bien, s’écria Manoel, s’il en est ainsi, Benito, raison de plus pour le chasser !

— Raison de plus… ou raison de moins…, répondit le jeune homme. Manoel… je crains… Quoi ?… Je ne sais… Mais obliger mon père à congédier Torrès… cela peut être imprudent ! Je te le répète… j’ai peur, sans qu’aucun fait positif me permette de m’expliquer à moi-même cette peur !

Une sorte de frémissement de colère agitait Benito pendant qu’il parlait ainsi.

« Alors, dit Manoel, tu crois qu’il faut attendre ?

— Oui… attendre, avant de prendre un parti, mais surtout, nous tenir sur nos gardes !

— Après tout, répondit Manoel, dans une vingtaine de jours, nous serons arrivés à Manao. C’est là que doit s’arrêter Torrès. C’est donc là qu’il nous quittera, et nous serons pour toujours débarrassés de sa présence ! Jusque-là, ayons l’œil sur lui !

— Tu me comprends, Manoel, répondit Benito.

— Je te comprends, mon ami, mon frère ! reprit Manoel, bien que je ne partage pas, bien que je ne