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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/241

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UNE ATTAQUE.

— Ah ! ce n’est pas un sentiment de jalousie qui t’anime contre un pareil homme ? dit vivement Benito.

— Non, certes ! répondit Manoel. Dieu me garde de faire une telle injure à la jeune fille qui va devenir ma femme ! Non, Benito ! Elle a cet aventurier en horreur ! Ce n’est donc de rien de pareil qu’il s’agit, mais il me répugne de voir cet aventurier s’imposer continuellement par sa présence, par son insistance, à ta mère et à ta sœur, et chercher à s’introduire dans l’intimité de ta famille, qui est déjà la mienne !

— Manoel, répondit gravement Benito, je partage ta répulsion pour ce douteux personnage, et, si je n’avais consulté que mon sentiment, j’aurais déjà chassé Torrès de la jangada ! Mais je n’ai pas osé !

— Tu n’as pas osé ? répliqua Manoel, en saisissant la main de son ami. Tu n’as pas osé !…

— Écoute-moi, Manoel, reprit Benito. Tu as bien observé Torrès, n’est-ce pas ? Tu as remarqué son empressement près de ma sœur ! Rien de plus vrai ! Mais, pendant que tu voyais cela, tu ne voyais pas que cet homme inquiétant ne perd mon père des yeux ni de loin ni de près, et qu’il semble avoir comme une arrière-pensée haineuse en le regardant avec une obstination inexplicable !

— Que dis-tu là, Benito ? Aurais-tu des raisons de penser que Torrès en veut à Joam Garral ?