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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/24

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LA JANGADA.

et ils en ont véritablement cinq, puisque l’extrémité de leur appendice caudal possède une parfaite faculté de préhension.

Le guariba s’approcha sans bruit, brandissant un solide bâton, qui, manœuvré par son bras vigoureux, pouvait devenir une arme redoutable. Depuis quelques minutes, il avait dû apercevoir l’homme couché au pied de l’arbre, mais l’immobilité du dormeur l’engagea, sans doute, à venir le voir de plus près. Il s’avança donc, non sans quelque hésitation, et s’arrêta enfin à trois pas de lui.

Sur sa face barbue s’ébaucha une grimace qui découvrit ses dents acérées, d’une blancheur d’ivoire, et son bâton s’agita d’une façon peu rassurante pour le capitaine des bois.

Très certainement la vue de Torrès n’inspirait pas à ce guariba des idées bienveillantes. Avait-il donc des raisons particulières d’en vouloir à cet échantillon de la race humaine que le hasard lui livrait sans défense ? Peut-être ! On sait combien certains animaux gardent la mémoire des mauvais traitements qu’ils ont reçus, et il était possible que celui-ci eût quelque rancune en réserve contre les coureurs des bois.

En effet, pour les Indiens surtout, le singe est un gibier dont il convient de faire le plus grand cas, et,