Ouvrir le menu principal

Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/235

Cette page a été validée par deux contributeurs.

227
EGA.

distance de trois cents pas, avec leurs sarbacanes, des flèches qui font d’incurables blessures.

C’est que ces flèches, tirées d’une feuille du palmier « coucourite », empennées de coton, longues de neuf à dix pouces, pointues comme une aiguille, sont empoisonnées avec le « curare ».

Le curare ou « wourah », cette liqueur « qui tue tout bas », disent les Indiens, est préparée avec le suc d’une sorte d’euphorbiacée et le jus d’une strychnos bulbeuse, sans compter la pâte de fourmis venimeuses et les crochets de serpents, venimeux aussi, qu’on y mélange.

« C’est vraiment là un terrible poison, dit Manoel. Il attaque directement dans le système nerveux ceux des nerfs par lesquels se font les mouvements soumis à la volonté. Mais le cœur n’est pas atteint, et il ne cesse de battre jusqu’à l’extinction des fonctions vitales. Et pourtant, contre cet empoisonnement, qui commence par l’engourdissement des membres, on ne connaît pas d’antidote ! »

Très heureusement, ces Muras ne firent pas de démonstrations hostiles, bien qu’ils aient pour les blancs une haine prononcée. Ils n’ont plus, il est vrai, la valeur de leurs ancêtres.

À la nuit tombante, une flûte à cinq trous fit entendre derrière les arbres de l’île quelques chants