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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/231

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EGA.

— Lina en deviendra folle ! s’écria Benito.

— Ces toilettes, si elles étaient bien portées, répondit Minha, ne seraient peut-être pas aussi ridicules !

— Ma chère Minha, dit Manoel, avec votre simple robe de cotonnade, votre chapeau de paille, croyez bien que vous êtes mieux habillée que toutes ces Brésiliennes, coiffées de toques et drapées de jupes à volants, qui ne sont ni de leur pays ni de leur race !

— Si je vous plais ainsi, répondit la jeune fille, je n’ai rien à envier à personne ! »

Mais, enfin, on était venu pour voir. On se promena donc dans les rues, qui comptaient plus d’échoppes que de magasins ; on flâna sur la place, rendez-vous des élégants et des élégantes, qui étouffaient sous leurs vêtements européens ; on déjeuna même dans un hôtel, — c’était à peine une auberge, — dont la cuisine fit sensiblement regretter l’excellent ordinaire de la jangada.

Après le dîner, dans lequel figura uniquement de la chair de tortue, diversement accommodée, la famille Garral vint une dernière fois admirer les bords du lac, que le soleil couchant dorait de ses rayons ; puis elle regagna la pirogue, un peu désillusionnée, peut-être, sur les magnificences d’une ville qu’une heure eût suffi à visiter, un peu fatiguée aussi de sa