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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/23

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VOLEUR ET VOLÉ.

cieuses, sajous cornus, monos à poils gris, sagouins qui ont l’air de porter un masque sur leur face grimaçante, le guariba est sans contredit le plus original. D’humeur sociable, peu farouche, très différent en cela « du mucura » féroce et infect, il a le goût de l’association et marche le plus ordinairement en troupe. C’est lui dont la présence se signale au loin par ce concert de voix monotones, qui ressemble aux prières psalmodiées des chantres. Mais, si la nature ne l’a pas créé méchant, il ne faut pas qu’on l’attaque sans précaution. En tout cas, ainsi qu’on va le voir, un voyageur endormi ne laisse pas d’être exposé, lorsqu’un guariba le surprend dans cette situation et hors d’état de se défendre.

Ce singe, qui porte aussi le nom de « barbado » au Brésil, était de grande taille. La souplesse et la vigueur de ses membres devaient faire de lui un vigoureux animal, aussi apte à lutter sur le sol qu’à sauter de branche en branche à la cime des géants de la forêt.

Mais, alors, celui-ci s’avançait à petits pas, prudemment. Il jetait des regards à droite et à gauche, en agitant rapidement sa queue. À ces représentants de la race simienne, la nature ne s’est pas contentée de donner quatre mains, — ce qui en fait des quadrumanes, — elle s’est montrée plus généreuse,