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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/227

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EGA.

— C’est un ordre ?…

— C’est une prière !

— Je resterai.

— Monsieur Fragoso ?

— Mademoiselle Lina ?

— Je vous remercie !

— Remerciez-moi en me donnant une bonne poignée de main, répondit Fragoso. Ça vaut bien cela ! »

Lina tendit la main à ce brave garçon, qui la retint quelques instants, en regardant le charmant visage de la jeune fille. Et voilà pourquoi Fragoso ne prit pas place dans la pirogue, et se fit, sans en avoir l’air, le surveillant de Torrès. Celui-ci s’apercevait-il de ces sentiments de répulsion qu’il inspirait à tous ? Peut-être ; mais, sans doute aussi, il avait ses raisons pour n’en pas tenir compte.

Une distance de quatre lieues séparait le lieu de mouillage de la ville d’Ega. Huit lieues, aller et retour, dans une pirogue contenant six personnes, plus deux nègres pour pagayer, c’était un trajet qui eût exigé quelques heures, sans parler de la fatigue occasionnée par cette haute température, bien que le ciel fût voilé de légers nuages.

Mais, très heureusement, une jolie brise soufflait du nord-ouest, c’est-à-dire que, si elle tenait de ce côté, elle serait favorable pour naviguer sur le lac