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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/219

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EN DESCENDANT TOUJOURS.

rives, qui élèvent de nombreux bestiaux dans les opulentes campines des environs. À cela ne se borne pas leur occupation : ce sont aussi d’intrépides chasseurs, ou, si on l’aime mieux, d’intrépides pêcheurs de lamantins.

Aussi, le soir même de leur arrivée, les jeunes gens purent-ils assister à une très intéressante expédition de ce genre.

Deux de ces cétacés herbivores venaient d’être signalés dans les eaux noires du rio Cayaratu, qui se jette à Fonteboa. On voyait six points bruns se mouvoir à leur surface. C’étaient les deux museaux pointus et les quatre ailerons des lamantins.

Des pêcheurs peu expérimentés auraient pris tout d’abord ces points mouvants pour des épaves en dérive, mais les indigènes de Fonteboa ne pouvaient s’y tromper. Bientôt, d’ailleurs, des souffles bruyants indiquèrent que des animaux à évents chassaient avec force l’air devenu impropre aux besoins de leur respiration.

Deux ubas, portant chacune trois pêcheurs, se détachèrent du rivage et s’approchèrent des lamantins, qui prirent aussitôt la fuite. Les points noirs tracèrent d’abord un long sillage à la surface de l’eau, puis ils disparurent à la fois.

Les pêcheurs continuèrent à s’avancer prudem-