Ouvrir le menu principal

Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/212

Cette page a été validée par deux contributeurs.

204
LA JANGADA.

qui aiment les œufs de tortue et les petites tortues fraîches ! »

Il n’y avait pas à s’y tromper. Ce bruit était produit par d’innombrables chéloniens de toutes tailles que l’opération de la ponte attirait sur les îles.

C’est dans le sable des grèves que ces amphibies viennent choisir l’endroit convenable pour y déposer leurs œufs. L’opération, commencée avec le soleil couchant, serait finie avec l’aube.

À ce moment déjà, la tortue-chef avait quitté le lit du fleuve pour y reconnaître un emplacement favorable. Les autres, réunies par milliers, s’occupaient à creuser avec leurs pattes antérieures une tranchée longue de six cents pieds, large de douze, profonde de six ; après y avoir enterré leurs œufs, il ne leur resterait plus qu’à les recouvrir d’une couche de sable, qu’elles battraient avec leurs carapaces, de manière à le tasser.

C’est une grande affaire pour les Indiens riverains de l’Amazone et de ses affluents que cette opération de la ponte. Ils guettent l’arrivée des chéloniens, ils procèdent à l’extraction des œufs au son du tambour, et, de la récolte divisée en trois parts, une appartient aux veilleurs, l’autre aux Indiens, la troisième à l’État, représenté par des capitaines de plage, qui font, en même temps que la police, le recouvrement des droits.