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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/203

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EN DESCENDANT ENCORE.

Ce tamanoir était superbe, avec sa longue queue, mélangée de crins grisâtres ; ce museau en pointe qu’il plonge dans les fourmilières, dont les insectes font sa principale nourriture ; ses longues pattes maigres, armées d’ongles aigus, longs de cinq pouces et qui peuvent se refermer comme les doigts d’une main. Mais quelle main, que cette main de tamanoir ! Quand elle tient quelque chose, il faut la couper pour lui faire lâcher prise. C’est à ce point que le voyageur Émile Carrey a justement pu dire que « le tigre lui-même périt dans cette étreinte ».

Le 2 juillet, dans la matinée, la jangada arrivait au pied de San-Pablo-d’Olivença, après s’être glissée au milieu de nombreuses îles, qui, en toutes saisons, sont couvertes de verdure, ombragées d’arbres magnifiques, et dont les principales avaient nom Jurupari, Rita, Maracanatena et Cururu-Sapo. Plusieurs fois aussi elle avait dû longer les ouvertures de quelques iguarapès ou petits affluents aux eaux noires.

La coloration de ces eaux est un phénomène assez curieux, et il appartient en propre à un certain nombre de tributaires de l’Amazone, quelle que soit leur importance.

Manoel fit remarquer combien cette nuance était chargée en couleur, puisqu’on la distinguait très nettement à la surface des eaux blanchâtres du fleuve.