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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/200

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LA JANGADA.

déserts amazoniens, à cette époque surtout où des bateaux à vapeur ne sillonnaient pas encore le cours du fleuve, il était très difficile de trouver des moyens de transport sûrs et rapides. Les embarcations ne donnaient pas un service régulier, et, la plupart du temps, le voyageur en était réduit à cheminer à travers les forêts. Ainsi avait fait et aurait dû continuer de faire Torrès, et c’était pour lui une chance inespérée que d’avoir pu prendre passage à bord de la jangada.

Depuis que Benito avait raconté dans quelles conditions il avait rencontré Torrès, la présentation était faite, et celui-ci pouvait se considérer comme un passager à bord d’un transatlantique, qui était libre de prendre part à la vie commune si cela lui convenait, libre de se tenir à l’écart pour peu qu’il fût d’humeur insociable.

Il fut visible, du moins pendant les premiers jours, que Torrès ne cherchait pas à pénétrer dans l’intimité de la famille Garral. Il se tenait sur une grande réserve, répondant lorsqu’on lui adressait la parole, mais ne provoquant aucune réponse.

S’il paraissait, de préférence, plus expansif avec quelqu’un, c’était avec Fragoso. Ne devait-il pas à ce joyeux compagnon cette idée de prendre passage sur la jangada ? Quelquefois il le questionnait sur la