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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/20

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LA JANGADA.

quelque peu, et le besoin de dormir se faisait maintenant sentir. Or, deux ou trois heures de repos le mettraient en état de reprendre sa route. Il se coucha donc sur l’herbe le plus confortablement qu’il put, en attendant le sommeil.

Cependant Torrès n’était pas de ces gens qui s’endorment sans s’être préparés à cette opération par certains préliminaires. Il avait l’habitude d’abord d’avaler quelques gorgées de forte liqueur, puis, cela fait, de fumer une pipe. L’eau-de-vie surexcite le cerveau, et la fumée du tabac se mélange bien à la fumée des rêves. Du moins, c’était son opinion.

Torrès commença donc par appliquer à ses lèvres une gourde qu’il portait à son côté. Elle contenait cette liqueur connue généralement sous le nom de « chica » au Pérou, et plus particulièrement sous celui de « caysuma » sur le Haut-Amazone. C’est le produit d’une distillation légère de la racine de manioc doux, dont on a provoqué la fermentation, et à laquelle le capitaine des bois, en homme dont le palais est à demi blasé, croyait devoir ajouter une bonne dose de tafia.

Lorsque Torrès eut bu quelques gorgées de cette liqueur, il agita la gourde, et il constata, non sans regrets, qu’elle était à peu près vide.

« À renouveler ! » dit-il simplement.