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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/194

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LA JANGADA.

— Bon ! dit en souriant Torrès, c’est alors ce qu’on pourrait appeler un voyage de fiançailles !

— Un voyage de fiançailles, de plaisir et d’affaires ! répondit Fragoso. Madame Yaquita et sa fille n’ont jamais mis le pied sur le territoire brésilien, et, quant à Joam Garral, c’est la première fois qu’il franchit la frontière, depuis qu’il est entré à la ferme du vieux Magalhaës.

— Je suppose aussi, demanda Torrès, que la famille est accompagnée de quelques serviteurs ?

— Certainement, répondit Fragoso ; la vieille Cybèle, depuis cinquante ans dans la ferme, et une jolie mulâtresse, mademoiselle Lina, qui est plutôt la compagne que la suivante de sa jeune maîtresse. Ah ! quelle aimable nature ! Quel cœur et quels yeux ! Et des idées à elle sur toutes choses, en particulier sur les lianes… »

Fragoso, lancé sur cette voie, n’aurait pu s’arrêter sans doute, et Lina allait être l’objet de ses déclarations enthousiastes, si Torrès n’eût quitté l’escabeau pour faire place à un autre client.

« Que vous dois-je ? demanda-t-il au barbier.

— Rien, répondit Fragoso. Entre compatriotes qui se rencontrent sur la frontière, il ne peut être question de cela !

— Cependant, répondit Torrès, je voudrais…