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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/187

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FRAGOSO À L’OUVRAGE.

papillotes, tout y trouvait sa place. Rien de faux, par exemple, ni tours, ni chignons, ni postiches. Ces chevelures indigènes, ce n’étaient point des taillis affaiblis par les coupes, amaigris par les chutes, mais plutôt des forêts dans toute leur virginité native ! Fragoso, cependant, ne dédaignait pas d’y ajouter quelques fleurs naturelles, deux ou trois longues arêtes de poisson, de fines parures d’os ou de cuivre, que lui apportaient les élégantes de l’endroit. À coup sûr, les merveilleuses du Directoire auraient envié l’ordonnance de ces coiffures de haute fantaisie, à triple et quadruple étage, et le grand Léonard lui-même se fût incliné devant son rival d’outre-mer !

Et alors les vatems, les poignées de reis, — seule monnaie contre laquelle les indigènes de l’Amazone échangent leurs marchandises, — de pleuvoir dans la poche de Fragoso, qui les encaissait avec une évidente satisfaction. Mais, très certainement, le soir se ferait avant qu’il eût pu satisfaire aux demandes d’une clientèle incessamment renouvelée. Ce n’était pas seulement la population de Tabatinga qui se pressait à la porte de la loja. La nouvelle de l’arrivée de Fragoso n’avait pas tardé à se répandre. De ces indigènes, il en venait de tous les cotés : Ticunas de la rive gauche du fleuve, Mayorunas de la rive