Ouvrir le menu principal

Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/186

Cette page a été validée par deux contributeurs.

178
LA JANGADA.

Et alors, hommes et femmes, — ceux-là avec non moins d’empressement que celles-ci, — de prendre place sur l’escabeau du barbier. Les ciseaux de Fragoso allaient chômer sans doute, puisqu’il n’était pas question de tailler ces opulentes chevelures, presque toutes remarquables par leur finesse et leur qualité ; mais quel emploi il allait être appelé à faire du peigne et des fers, qui chauffaient dans un coin sur un brasero !

Et les encouragements de l’artiste à la foule !

« Voyez, voyez, disait-il, comme cela tiendra, mes amis, si vous ne vous couchez pas dessus ! En voilà pour un an, et ces modes-là sont les plus nouvelles de Bélem ou de Rio-de-Janeiro ! Les filles d’honneur de la reine ne sont pas plus savamment accommodées, et vous remarquerez que je n’épargne pas la pommade ! »

Non ! il ne l’épargnait pas ! Ce n’était, il est vrai, qu’un peu de graisse, à laquelle il mêlait le suc de quelques fleurs, mais cela emplâtrait comme du ciment.

Aussi aurait-on pu donner le nom d’édifices capillaires à ces monuments élevés par la main de Fragoso, et qui comportaient tous les genres d’architecture ! Boucles, anneaux, frisons, catogans, cadenettes, crêpures, rouleaux, tire-bouchons,