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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/185

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FRAGOSO À L’OUVRAGE.

tugais, moitié en langue ticuna, leur débitait son boniment habituel sur le ton de la plus joyeuse humeur.

Ce qu’il leur disait, c’était ce que disent tous ces charlatans qui mettent leurs services à la disposition du public, qu’ils soient Figaros espagnols ou perruquiers français. Au fond, même aplomb, même connaissance des faiblesses humaines, même genre de plaisanteries ressassées, même dextérité amusante, et de la part de ces indigènes, même ébahissement, même curiosité, même crédulité que chez les badauds du monde civilisé.

Il s’ensuivit donc que, dix minutes plus tard, le public était allumé et se pressait près de Fragoso installé dans une « loja » de la place, sorte de boutique servant de cabaret.

Cette loja appartenait à un Brésilien domicilié à Tabatinga. Là, pour quelques vatems, qui sont les sols du pays et valent vingt reis[1], les indigènes peuvent se procurer les boissons du cru, et en particulier l’assaï. C’est une liqueur moitié solide, moitié liquide, faite avec les fruits d’un palmier, et elle se boit dans un « couï », ou demi-calebasse, dont on fait un usage général en ce bassin de l’Amazone.

  1. Environ 6 centimes.