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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/181

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FRAGOSO À L’OUVRAGE.

quet qui les attire d’abord, et j’en joue fort agréablement, — qu’un cercle d’Indiens et d’Indiennes se sera formé autour de moi. On se dispute mes faveurs ! Je resterais un mois ici, que toute la tribu des Ticunas se serait fait coiffer de mes mains ! On ne tarderait pas à savoir que le « fer qui frise », — c’est ainsi qu’ils me désignent, — est de retour dans les murs de Tabatinga ! J’y ai déjà passé à deux reprises, et mes ciseaux et mon peigne ont fait merveille ! Ah ! par exemple, il n’y faudrait pas revenir trop souvent sur le même marché ! Mesdames les Indiennes ne se font pas coiffer tous les jours, comme nos élégantes des cités brésiliennes ! Non ! Quand c’est fait, en voilà pour un an, et, pendant un an, elles emploient tous leurs soins à ne pas compromettre l’édifice que j’ai élevé, avec quelque talent, j’ose le dire ! Or, il y a bientôt un an que je ne suis venu à Tabatinga. Je vais donc trouver tous mes monuments en ruine, et, si cela ne vous contrarie pas, monsieur Garral, je voudrais me rendre une seconde fois digne de la réputation que j’ai acquise dans ce pays. Question de reis avant tout, et non d’amour-propre, croyez-le bien !

— Faites donc, mon ami, répondit Joam Garral en souriant, mais faites vite ! Nous ne devons rester