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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/18

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LA JANGADA.

Il avait bien là un peu de toutes les monnaies d’or des États environnants : deux doubles condors des États-Unis de Colombie, valant chacun cent francs environ, des bolivars vénézuéliens pour une somme égale ; des sols péruviens pour le double ; quelques escudos chiliens pour cinquante francs au plus, et d’autres minimes pièces. Mais tout cela ne faisait qu’une somme ronde de cinq cents francs, et encore Torrès eût-il été très embarrassé de dire où et comment il l’avait acquise.

Ce qui était certain, c’est que, depuis quelques mois, après avoir abandonné brusquement ce métier de capitaine des bois qu’il exerçait dans la province du Para, Torrès avait remonté le bassin de l’Amazone et passé la frontière pour entrer sur le territoire péruvien.

À cet aventurier, d’ailleurs, il n’avait fallu que peu de choses pour vivre. Quelles dépenses lui étaient nécessaires ? Rien pour son logement, rien pour son habillement. La forêt lui procurait sa nourriture qu’il préparait sans frais, à la mode des coureurs de bois. Il lui suffisait de quelques reis pour son tabac qu’il achetait dans les missions ou dans les villages, autant pour l’eau-de-vie de sa gourde. Avec peu, il pouvait aller loin.

Lorsque le papier eut été serré dans l’étui de