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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/179

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FRAGOSO À L’OUVRAGE.

nomade, avait déjà couru les diverses provinces de l’Amérique centrale, Lina, elle, pas plus que sa jeune maîtresse, n’avait encore foulé le sol brésilien.

Mais, avant de quitter la jangada, Fragoso était venu trouver Joam Garral, et il avait eu avec lui la conversation que voici :

« Monsieur Garral, lui dit-il, depuis le jour où vous m’avez reçu à la fazenda d’Iquitos, logé, vêtu, nourri, en un mot accueilli si hospitalièrement, je vous dois…

— Vous ne me devez absolument rien, mon ami, répondit Joam Garral. Donc, n’insistez pas…

— Oh ! rassurez-vous, s’écria Fragoso, je ne suis point en mesure de m’acquitter envers vous ! J’ajoute que vous m’avez pris à bord de la jangada et procuré le moyen de descendre le fleuve. Mais nous voici maintenant sur la terre du Brésil, que, suivant toute probabilité, je ne devais plus revoir ! Sans cette liane…

— C’est à Lina, à Lina seule, qu’il faut reporter votre reconnaissance, dit Joam Garral.

— Je le sais, répondit Fragoso, et jamais je n’oublierai ce que je lui dois, pas plus qu’à vous.

— On dirait, Fragoso, reprit Joam, que vous venez me faire vos adieux ! Votre intention est-elle donc de rester à Tabatinga ?