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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/171

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DE PEVAS À LA FRONTIÈRE.

reprit Manoel. Elle se trouve encore à mille lieues de l’océan qu’il lui faut atteindre ! Ce n’est plus la mère qui continue à marcher vers le fleuve !… La mère a perdu ses enfants, elle les a ensevelis de ses propres mains !… C’est la femme qui veut revoir son mari !

« Elle marche nuit et jour, elle retrouve enfin le cours du Bobonasa ! Là, elle est recueillie par de généreux Indiens, qui la conduisent aux Missions où l’attendait l’escorte !

« Mais elle y arrivait seule, et derrière elle, les étapes de sa route étaient semées de tombes !

« Madame des Odonais atteignit Loreto, où nous étions il y a quelques jours. De ce village péruvien, elle descendit l’Amazone, comme nous le faisons en ce moment, et enfin elle retrouva son mari, après dix-neuf années de séparation !

— Pauvre femme ! dit la jeune fille.

— Pauvre mère, surtout ! » répondit Yaquita.

En ce moment, le pilote Araujo vint à l’arrière et dit :

« Joam Garral, nous voici devant l’île de la Ronde ! Nous allons passer la frontière !

— La frontière ! » répondit Joam.

Et, se levant, il alla se placer au bord de la jangada, et il regarda longuement l’îlot de la Ronde, auquel