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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/170

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LA JANGADA.

quelques guides qui viennent offrir leurs services, la plupart disparaissent quelques jours après, et l’un d’eux, le dernier qui fût demeuré fidèle aux voyageurs, se noie dans le Bobonasa, en voulant porter secours au médecin français.

« Bientôt le canot, à demi brisé par les roches et les troncs en dérive, est hors d’état de servir. Il faut alors descendre à terre, et là, à la lisière d’une impénétrable forêt, on en est réduit à construire quelques cabanes de feuillage. Le médecin offre d’aller en avant avec un nègre qui n’avait jamais voulu quitter madame des Odonais. Tous deux partent. On les attend plusieurs jours… mais en vain !… Ils ne reviennent plus.

« Cependant les vivres s’épuisent. Les abandonnés essayent inutilement de descendre le Bobonasa sur un radeau. Il leur faut rentrer dans la forêt, et les voilà dans la nécessité de faire la route à pied, au milieu de ces fourrés presque impraticables !

« C’était trop de fatigues pour ces pauvres gens ! Ils tombent un à un, malgré les soins de la vaillante Française. Au bout de quelques jours, enfants, parents, serviteurs, tous sont morts !

— Oh ! la malheureuse femme ! dit Lina.

— Madame des Odonais est seule maintenant,