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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/17

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UN CAPITAINE DES BOIS.

rique, il pouvait être au-delà des mers, et alors, comment aurais-je pu l’atteindre ? Mais non ! Il est là, et, en montant à la cime de l’un de ces arbres, je pourrais apercevoir le toit de l’habitation où il demeure avec toute sa famille ! »

Puis, saisissant le papier et l’agitant avec un geste fébrile :

« Avant demain, dit-il, je serai en sa présence ! Avant demain, il saura que son honneur, sa vie sont renfermés dans ces lignes ! Et lorsqu’il voudra en connaître le chiffre qui lui permette de les lire, eh bien, il le payera, ce chiffre ! Il le payera, si je veux, de toute sa fortune, comme il le payerait de tout son sang ! Ah ! mille diables ! Le digne compagnon de la milice qui m’a remis ce document précieux, qui m’en a donné le secret, qui m’a dit où je trouverais son ancien collègue et le nom sous lequel il se cache depuis tant d’années, ce digne compagnon ne se doutait guère qu’il faisait ma fortune ! »

Torrès regarda une dernière fois le papier jauni, et, après l’avoir plié avec soin, il le serra dans un solide étui de cuivre, qui lui servait aussi de porte-monnaie.

En vérité, si toute la fortune de Torrès était contenue dans cet étui, grand comme un porte-cigare, en aucun pays du monde il n’eût passé pour riche.