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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/166

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LA JANGADA.

— Eh bien, Lina, répondit Benito, la première fois que tu l’apercevras, viens me prévenir.

— Pour qu’elle vous saisisse et vous emporte au fond du fleuve ? Jamais, monsieur Benito !

— C’est qu’elle le croit ! s’écria Minha.

— Il y a bien des gens qui croient au tronc de Manao ! dit alors Fragoso, toujours prêt à intervenir en faveur de Lina.

— Le tronc de Manao ? demanda Manoel. Qu’est-ce donc encore que le tronc de Manao ?

— Monsieur Manoel, répondit Fragoso avec une gravité comique, il paraît qu’il y a ou plutôt qu’il y avait autrefois un tronc de « turuma » qui, chaque année, à la même époque, descendait le rio Negro, s’arrêtait quelques jours à Manao, et s’en allait ainsi au Para, faisant halte à tous les ports, où les indigènes l’ornaient dévotement de petits pavillons. Arrivé à Bélem, il faisait halte, rebroussait chemin, remontait l’Amazone, puis le rio Negro, et retournait à la forêt d’où il était mystérieusement parti. Un jour, on a voulu le tirer à terre, mais le fleuve en courroux s’est gonflé, et il a fallu renoncer à s’en emparer. Un autre jour, le capitaine d’un navire l’a harponné et a essayé de le remorquer. Cette fois encore, le fleuve en colère a rompu les amarres, et le tronc s’est miraculeusement échappé !