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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/158

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LA JANGADA.

destiné le plus souvent à remplacer le pain au Brésil, qui se compose de farine de manioc bien imprégnée de jus de viande et d’un coulis de tomates, volaille au riz nageant dans une sauce piquante faite de vinaigre et de « malagueta », plat d’herbages pimentés, gâteau froid saupoudré de cannelle, c’était là de quoi tenter un pauvre moine, réduit au maigre ordinaire de la paroisse. On insista donc pour le retenir. Yaquita et sa fille firent tout ce qu’elles purent à ce propos. Mais le franciscain devait, le soir même, rendre visite à un Indien qui était malade à Cocha. Il remercia donc l’hospitalière famille et partit, non sans emporter quelques présents, qui devaient être bien reçus des néophytes de la Mission.

Pendant deux jours, le pilote Araujo eut fort à faire. Le lit du fleuve s’élargissait peu à peu ; mais les îles y étaient plus nombreuses, et le courant, gêné par ces obstacles, s’accroissait aussi. Il fallut prendre de grandes précautions pour passer entre les îles Caballo-Cocha, Tarapote, Cacao, faire des haltes fréquentes, et, plusieurs fois, on fut obligé de dégager la jangada, qui menaçait de s’engraver. Tout le monde mettait alors la main à la manœuvre, et ce fut dans ces conjonctions assez difficiles que, le 20 juin au soir, on eut connaissance de Nuestra-Señora-de-Loreto.