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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/150

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LA JANGADA.

se mélanger en bouillonnant au cours jaunâtre de l’Amazone.

Quelques Indiens erraient à l’embouchure de ce cours d’eau. Ils avaient le corps robuste, la taille élevée, la chevelure flottante, la narine transpercée d’une baguette de palmier, le lobe de l’oreille allongé jusqu’à l’épaule par le poids de lourdes rondelles de bois précieux. Quelques femmes les accompagnaient. Aucun d’eux ne manifesta l’intention de venir à bord.

On prétend que ces indigènes pourraient bien être anthropophages ; mais cela se dit de tant de tribus riveraines du fleuve que, si le fait était vrai, on aurait de ces habitudes de cannibalisme des témoignages qui manquent encore aujourd’hui.

Quelques heures plus tard, le village de Bella-Vista, assis sur une rive un peu basse, montra ses bouquets de beaux arbres, qui dominaient quelques cases couvertes de paille, sur lesquelles des bananiers de moyenne hauteur laissaient retomber leurs larges feuilles comme les eaux d’une vasque trop pleine.

Puis, le pilote, afin de suivre un meilleur courant qui devait l’écarter des berges, dirigea le train vers la rive droite du fleuve, dont il ne s’était pas encore approché. La manœuvre ne s’opéra pas sans cer-