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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/15

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UN CAPITAINE DES BOIS.

n’en était, même plus à admirer la haute ramure de ce « pao ferro » ou bois de fer, à sombre écorce, serré de grain, dur comme le métal qu’il remplace dans l’arme ou l’outil de l’Indien sauvage. Non ! Abstrait dans sa pensée, le capitaine des bois tournait et retournait entre ses doigts le singulier document. Avec le chiffre dont il avait le secret, il restituait à chaque lettre sa valeur véritable ; il lisait, il contrôlait le sens de ces lignes incompréhensibles pour tout autre que pour lui, et alors il souriait d’un mauvais sourire.

Puis il se laissa aller ; murmurer à mi-voix ces quelques phrases que personne ne pouvait entendre en cet endroit désert de la forêt péruvienne, et que personne n’aurait su comprendre, d’ailleurs :

« Oui, dit-il, voilà une centaine de lignes, bien nettement écrites, qui ont pour quelqu’un que je sais une importance dont il ne peut se douter ! Ce quelqu’un est riche ! C’est une question de vie ou de mort pour lui, et partout cela se paye cher ! »

Et regardant le document d’un œil avide :

« À un conto de reis seulement pour chacun des mots de cette dernière phrase, cela ferait une somme[1] ! C’est qu’elle a son prix, cette phrase ! Elle résume

  1. 1 000 reis valent environ 3 francs de monnaie française, et un conto de reis vaut 3 000 francs.