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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/142

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LA JANGADA.

déborder la jangada, le courant ne tarda pas à la saisir, et, longeant la rive gauche du fleuve, elle laissa sur la droite les îles Iquitos et Parianta.

Le voyage était commencé. Où finirait-il ? Au Para, à Bélem, à huit cents lieues de ce petit village péruvien, si rien ne modifiait l’itinéraire adopté ! Comment finirait-il ? C’était le secret de l’avenir.

Le temps était magnifique. Un joli « pamperol » tempérait l’ardeur du soleil. C’était un de ces vents de juin et de juillet, qui viennent de la Cordillère, à quelques centaines de lieues de là, après avoir glissé à la surface de l’immense plaine de Sacramento. Si la jangada eût été pourvue de mâts et de voiles, elle eût ressenti les effets de la brise et sa vitesse se fût accélérée ; mais, avec les sinuosités du fleuve, ses brusques tournants qui eussent obligé à prendre toutes les allures, il fallait renoncer aux bénéfices d’un pareil moteur.

Dans un bassin aussi plat que celui de l’Amazone, qui n’est, à vrai dire, qu’une plaine sans fin, la déclivité du lit du fleuve ne peut être que peu accusé. Aussi a-t-on calculé que, entre Tabatinga à la frontière brésilienne, et la source de ce grand cours d’eau, la différence de niveau ne dépasse pas un décimètre par lieue. Il n’est donc pas d’artère