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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/133

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LE SOIR DU 5 JUIN.

défaite lucrative et facile dans les provinces du Para.

Peut-être s’étonnera-t-on que le nombre des Indiens et des noirs embarqués eût été limité seulement à ce qu’exigeaient la manœuvre de la jangada. N’y avait-il pas lieu d’en emmener un plus grand nombre, en prévision d’une attaque possible des tribus riveraines de l’Amazone ?

C’eût été inutile. Ces indigènes de l’Amérique centrale ne sont point à redouter, et les temps sont bien changés où il fallait sérieusement se prémunir contre les agressions. Les Indiens des rives appartiennent à des tribus paisibles, et les plus farouches se sont retirés devant la civilisation, qui se propage peu à peu le long du fleuve et de ses affluents. Des nègres déserteurs, des échappés des colonies pénitentiaires du Brésil, de l’Angleterre, de la Hollande ou de la France, seraient seuls à craindre. Mais ces fugitifs ne sont qu’en petit nombre ; ils n’errent que par groupes isolés, à travers les forêts ou les savanes, et la jangada était en mesure de repousser toute attaque de la part de ces coureurs de bois.

En outre, il y a de nombreux postes sur l’Amazone, des villes, des villages, des Missions en grand nombre. Ce n’est plus un désert que traverse l’immense cours d’eau, c’est un bassin qui se colonise de jour en jour. De cette sorte de danger il n’y avait donc pas