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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/123

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LA JANGADA.

tait bien qu’en dehors de la collaboration des deux jeunes gens, des mains de femmes présidaient à cet arrangement. Qu’on ne s’imagine pas que la planche des murs fût restée à nu ! Non ! les parois disparaissaient sous des tentures du plus agréable aspect. Seulement ces tentures, faites de précieuses écorces d’arbres, c’étaient des « tuturis », qui se relevaient en gros plis comme le brocart et le damas des plus souples et des plus riches étoffes de l’ameublement moderne. Sur le parquet des chambres, des peaux de jaguar, remarquablement tigrées, d’épaisses fourrures de singe, offraient au pied leurs moelleuses toisons. Quelques légers rideaux de cette soie roussâtre, que produit le « suma-uma », pendaient aux fenêtres. Quant aux lits, enveloppés de leurs moustiquaires, oreillers, matelas, coussins, ils étaient remplis de cette élastique et si fraîche substance que donne le bombax dans le haut bassin de l’Amazone.

Puis, partout, sur les étagères, sur les consoles, de ces jolis riens, rapportés de Rio Janeiro ou de Bélem, d’autant plus précieux, pour la Jeune fille, qu’ils lui venaient de Manoel. Quoi de plus agréable aux yeux que ces bibelots, dons d’une main amie, qui parle sans rien dire !

En quelques jours, cet intérieur fut entièrement