Ouvrir le menu principal

Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/112

Cette page a été validée par deux contributeurs.

104
LA JANGADA.

se passant la main sur le front. Ah ! je me nomme Fragoso pour vous servir, si j’en suis encore capable pour vous coiffer, vous raser, vous accommoder suivant toutes les règles de mon art ! Je suis un barbier, ou, pour mieux dire, le plus désespéré des Figaro !…

— Et comment avez-vous pu songer ?…

— Eh ! que voulez-vous, mon brave monsieur ! répondit en souriant Fragoso. Un moment de désespoir, que j’aurais bien regretté, si les regrets sont de l’autre monde ! Mais huit cents lieues de pays à parcourir encore, et pas une pataque à la poche, cela n’est pas fait pour réconforter ! J’avais perdu courage, évidemment ! »

Ce Fragoso avait, en somme, une bonne et agréable figure. À mesure qu’il se remettait, on voyait que son caractère devait être gai. C’était un des barbiers nomades qui courent les rives du Haut-Amazone, allant de village en village, et mettant les ressources de leur métier au service des nègres, négresses, Indiens, Indiennes, qui les apprécient fort.

Mais le pauvre Figaro, bien abandonné, bien misérable, n’ayant pas mangé depuis quarante heures, égaré dans cette forêt, avait un instant perdu la tête… et on sait le reste.

« Mon ami, lui dit Benito, vous allez revenir avec nous à la fazenda d’Iquitos.