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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/105

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EN SUIVANT UNE LIANE.

Et les voilà partis, joyeux comme des enfants en vacances !

Il pouvait les mener loin, ce filament végétal, s’ils s’entêtaient à le suivre jusqu’à son extrémité comme un fil d’Ariane, — à cela près que le fil de l’héritière de Minos aidait à sortir du labyrinthe, et que celui-ci ne pouvait qu’y entraîner plus profondément.

C’était, en effet, une liane de la famille des salses, un de ces cipos connus sous le nom de « japicanga » rouge, et dont la longueur mesure quelquefois plusieurs lieues. Mais, après tout, l’honneur n’était pas engagé dans l’affaire.

Le cipo passait d’un arbre à l’autre, sans solution de continuité, tantôt enroulé aux troncs, tantôt enguirlandé aux branches, ici sautant d’un dragonnier à un palissandre, là d’un gigantesque châtaignier, le « bertholletia excelsa », à quelques-uns de ces palmiers à vin, ces « baccabas », dont les branches ont été justement comparées par Agassiz à de longues baguettes de corail mouchetées de vert. Puis, c’étaient des « tucumas », de ces ficus, capricieusement contournés comme des oliviers centenaires, et dont on ne compte pas moins de quarante trois variétés au Brésil ; c’étaient de ces sortes d’euphorbiacées qui produisent le caoutchouc, des « gualtes », beaux palmiers au tronc lisse, fin, élé-