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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/102

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LA JANGADA.

une plus rude épreuve. La forêt devenait tout à fait giboyeuse. Des cerfs rapides, d’élégants chevreuils détalaient sous bois, et, certainement, une balle bien ajustée les eût arrêtés dans leur fuite. Puis, çà et là, apparaissaient des dindons au pelage café au lait, des pécaris, sorte de cochons sauvages, très appréciés des amateurs de venaison, des agoutis, qui sont les similaires des lapins et des lièvres dans l’Amérique méridionale, des tatous à test écailleux dessiné en mosaïque, qui appartiennent à l’ordre des édentés.

Et vraiment Benito ne montrait-il pas plus que de la vertu, un véritable héroïsme, lorsqu’il entrevoyait quelque tapir, de ceux qui sont appelés « antas » au Brésil, ces diminutifs d’éléphants, déjà presque introuvables sur les bords du Haut-Amazone et de ses affluents, pachydermes si recherchés des chasseurs pour leur rareté, si appréciés des gourmets pour leur chair, supérieure à celle du bœuf, et surtout pour la protubérance de leur nuque, qui est un morceau de roi !

Oui ! son fusil lui brûlait les doigts, à ce jeune homme ; mais, fidèle à son serment, il le laissait au repos.

Ah ! par exemple, — et il en prévint sa sœur, — le coup partirait malgré lui s’il se trouvait à bonne