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XX

Qu’on lira peut-être avec regret, mais que son respect de la vérité historique a obligé l’auteur à écrire, tel que l’enregistreront un jour les annales astronomiques.

Les cris individuels se fondirent en un seul cri, et ce fut comme un rugissement formidable qui jaillit de la foule, au premier frémissement de la masse d’or.

Tous les regards se tendirent du même côté. Que se passait-il ? Avait-on été les jouets d’une hallucination ? ou bien le météore avait-il réellement fait un mouvement ? Dans ce cas, quelle en était la cause ? Le sol ne fléchissait-il pas peu à peu, ce qui pouvait amener la chute finale du trésor dans l’abîme ?

« Ce serait un singulier dénouement à cette affaire qui a remué le monde, fit observer Mrs Arcadia Walker.

— Un dénouement qui ne serait peut-être pas le plus mauvais, répondit Mr Seth Stanfort.

— Qui serait le meilleur », renchérit Francis Gordon.

Non, on ne s’était pas trompé. Le bolide continuait à glisser graduellement du côté de la mer. Point de doute que le terrain ne cédât peu à peu. Si ce mouvement ne s’enrayait pas, la sphère d’or finirait par rouler jusqu’au bord du plateau et s’engloutirait dans les profondeurs de la mer.

Ce fut une stupeur générale, mélangée d’un peu de mépris pour ce sol indigne d’un si merveilleux fardeau. Quel regret que la chute se fût produite sur cette île et non sur l’inébranlable falaise basaltique du littoral groenlandais, où ces milliers de milliards n’auraient pas risqué d’être à jamais perdus pour l’avide humanité !

Oui, il glissait, le météore. Peut-être ne serait-ce qu’une ques-