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LA GRANDE EXPÉRIENCE.

Après avoir placé dans ce tube, préalablement fermé à l’une de ses deux extrémités, des fragments de cuivre et environ deux litres d’eau, Cyprien le remplit de « gaz des marais ; » puis il le luta avec soin, et fit boulonner aux deux bouts des obturateurs métalliques d’une solidité à toute épreuve.

L’appareil était alors construit. Il n’y avait plus qu’à le soumettre à une chaleur intense.

Il fut donc placé dans un grand fourneau à réverbère, dont le feu devait être entretenu jour et nuit, de manière à obtenir une chauffe à blanc, qui devait durer pendant deux semaines.

Tube et fourneau étaient, d’ailleurs, enveloppés d’une épaisse couche de terre réfractaire, destinée à conserver la plus grande quantité de chaleur possible, et à ne se refroidir que très lentement, lorsque le moment en serait venu.

Le tout ressemblait assez à une énorme ruche d’abeilles ou à une hutte d’Esquimaux.

Matakit était maintenant en état de rendre quelques services à son maître. Ce n’était pas sans une attention extrême qu’il avait suivi tous les préparatifs de l’expérience, et, quand il sut qu’il s’agissait de fabriquer du diamant, il ne se montra pas le moins ardent à concourir au succès de l’entreprise. Il eut bientôt appris à alimenter le feu, de telle sorte que l’on put s’en remettre à lui du soin de l’entretenir.

On s’imaginerait malaisément, d’ailleurs, combien ces dispositions, si peu compliquées, furent longues et difficiles à établir. À Paris, dans un grand laboratoire, l’expérience aurait pu être mise en train deux heures après avoir été conçue, et il ne fallut pas moins de trois semaines à Cyprien, au milieu de ce pays à demi sauvage, pour réaliser imparfaitement sa conception. Encore fut-il singulièrement servi par les circonstances, notamment en trouvant à point nommé, non seulement le vieux canon, mais aussi le charbon qui lui était nécessaire. En effet, ce combustible était si rare à Kimberley qu’il fallut, pour s’en procurer une tonne, s’adresser à trois négociants à la fois.

Enfin, toutes les difficultés furent surmontées, et, lorsque le feu eut été une première fois allumé, Matakit s’occupa de ne plus le laisser s’éteindre.

Le jeune Cafre, il faut le dire, était très fier de ces fonctions. Elles ne devaient pourtant pas être absolument nouvelles pour lui, et, sans doute, il avait déjà mis la main dans sa tribu à plus d’une cuisine plus ou moins infernale.