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Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/78

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dations de son capitaine, abandonner sa faction sur le sommet de la falaise. Là, tandis qu’il observait cette Méditerranée, calme comme un lac, mais toujours déserte, il se laissait consciencieusement rôtir. Il fallait qu’il eût la peau doublée et le crâne blindé pour supporter si impunément les rayons perpendiculaires du soleil de midi.

Et un jour que le capitaine Servadac, le regardant, lui en faisait l’observation en disant :

« Ah çà, tu es donc né au Gabon ?

— Non, mon capitaine, à Montmartre, et c’est tout comme ! »

Du moment que le brave Ben-Zouf prétendait qu’il faisait aussi chaud sur sa butte favorite que dans les régions intertropicales, il n’y avait même pas à discuter.

Cette température ultra-caniculaire devait nécessairement influer sur les produits du sol de l’île Gourbi. Aussi la nature éprouva-t-elle les conséquences de cette modification climatérique. En peu de jours, la sève eut porté la vie jusqu’aux plus extrêmes branches des arbres, les bourgeons éclatèrent, les feuilles se développèrent, les fleurs s’épanouirent, les fruits apparurent. Il en fut de même pour les céréales. Épis de blé, de maïs, poussèrent à vue d’œil, on peut l’affirmer, et les prairies se tapissèrent d’une herbe épaisse. Ce fut à la fois l’époque de la fenaison, de la moisson et de la récolte des fruits. Été et automne se confondirent dans une saison unique.