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Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/304

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sait sans éprouver ni roulis ni tangage, et dix fois plus vite qu’il ne l’avait jamais fait dans son élément naturel. Le capitaine Servadac et le lieutenant Procope se croyaient parfois enlevés dans l’air, comme si un aérostat les eût promenés au-dessus de l’ice-field. Mais ils ne quittaient point ce champ glacé, dont la couche, supérieure se pulvérisait sous l’armature métallique du you-you, et ils laissaient derrière eux tout un nuage de poussière neigeuse.

Il fut alors aisé de reconnaître que l’aspect de cette mer congelée était partout le même. Pas un être vivant n’animait cette vaste solitude. L’effet était particulièrement triste. Cependant il s’en dégageait une sorte de poésie qui impressionna, chacun suivant son caractère, les deux compagnons de route. Le lieutenant Procope observait en savant, le capitaine Servadac en artiste, ouvert à toute émotion nouvelle. Quand le soleil vint à se coucher, lorsque ses rayons, frappant obliquement le you-you, projetèrent sur sa gauche l’ombre démesurée de ses voiles, lorsqu’enfin la nuit eut brusquement remplacé le jour, ils se rapprochèrent l’un de l’autre, mus par une involontaire attraction, et leurs mains se pressèrent silencieusement.

La nuit fut entièrement obscure, car la lune était nouvelle depuis la veille, mais les constellations brillaient d’un admirable éclat sur le ciel assombri. À défaut de boussole, le lieutenant Procope eût pu certainement se guider sur la nouvelle polaire, qui res-