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Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/300

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— Non, capitaine. Nous avons un moteur plus sûr et plus rapide que vos deux chevaux, qui ne résisteraient pas aux fatigues de ce voyage.

— Et c’est ?... demanda le comte Timascheff.

— Le vent, » répondit le lieutenant Procope.

Le vent, en effet ! Les Américains ont su merveilleusement l’utiliser pour leurs traîneaux à voile. Ces traîneaux rivalisent maintenant avec les express des railways dans les vastes prairies de l’Union, et ont obtenu des vitesses de cinquante métres à la seconde, soit cent quatre-vingts kilomètres à l’heure. Or, le vent, en ce moment, soufflait du sud en grande brise. Il pouvait donc imprimer à ce genre de véhicule une vitesse de douze à quinze lieues à l’heure. Il était donc possible, entre deux levers de soleil sur l’horizon de Gallia, d’atteindre les Baléares, ou, du moins, le seul îlot de l’archipel qui eût survécu à l’immense désastre.

Le moteur était prêt à agir. Bien. Mais Procope avait ajouté que le traîneau était aussi prêt à partir. En effet, le you-you de la Dobryna, long d’une douzaine de pieds, et pouvant contenir cinq à six personnes, n’était-ce pas un traîneau tout fait ? Ne suffisait-il pas de lui ajouter deux fausses quilles en fer, qui, soutenant ses flancs, formeraient deux patins sur lesquels il glisserait ? Et quel temps fallait-il au mécanicien de la goëlette pour ajuster ces deux quilles ? Quelques heures au plus. Alors, sur cet ice-field si parfaitement uni, sans un obstacle, sans une bosse, sans même une